Le chant des cloches

Vivos voco. Mortuos planco. Fulgura frango.
J’apelle les vivants. Je pleure les morts. Je brise la foudre.

Cette inscription relevée par Goethe sur une cloche de l’église de Tous-les-Saints de Schaffhouse en Suisse (célèbre pour ses chutes du Rhin) avait inspiré son ami Schiller pour composer sa « Ballade de la Cloche ».

En effet le chant d’une cloche embrasse l’ensemble de la vie humaine, y compris avant les moyens de communication herziens, la vie publique. La naissance, le mariage et la mort, les ravages du feu, les révolutions et les guerres, l’ordre et la paix, toutes circonstances dans lesquelles la cloche fait entendre sa voix, joyeuse ou solennelle, triomphante ou lugubre.

Mais avant d’aller décrypter le message délivré par les cloches de l’église du château allons jeter un rapide coup d’œil sur l’histoire de notre clocher et de son contenu.

C’est durant l’été 1805 que la tour en forme de bulbe est rajoutée au corps central de l’ancien château des Hanau-Lichtenberg, devenu depuis 1802 une église. Les Brumathois appelleront le clocher « d’Ziwel » (l’oignon).

Le mardi le 28 janvier 1806 l’ancienne cloche, qui se trouvait encore dans le clocher provisoire de l’église simultanée Saint-Nazaire-et-Celse, est transférée dans le nouveau clocher de l’église du Château.

Par la suite quatre nouvelles cloches sont venues rejoindre l’ancienne. Parmi elles il y avait une cloche communale, cette cloche communale communiquait les annonces publiques. Aujourd’hui elle n’existe plus, sa place est vide… Pourtant, tous les soirs à 22 heures une sonnerie nous rappelle son existence. En effet la municipalité avait décidé, le 12 pluviôse de l’an 4 (1er février 1796) que les aubergistes devaient fermer leur établissement à 22 heures.

Pour subvenir aux besoins croissants de l’industrie de guerre, l’armée du «Kaiser» avait réquisitionné dans cette Alsace devenue terre d’Empire, comme dans le restant de l’Allemagne, les cloches des églises. A la fin du mois de juin 1917, quatre des cinq cloches (dont la cloche communale) ont pris le chemin des fonderies allemandes. Le 24 juin à 10 heures, les pasteurs Hohberg et Koch avaient invité l’ensemble des paroissiens à un culte solennel d’adieu. Le pasteur en titre, A. Hohberg avait évoqué en cette occasion la raison d’Etat comme argument majeur pour le sacrifice à consentir. Rien d’étonnant que fin novembre 1918, il ait été invité à partir en catimini dans son Brandebourg natal.

En 1923, grâce aux sacrifices des paroissiens, les cloches réquisitionnées seront remplacées. La ville de Brumath avait également remplacé la cloche communale.

Hélas, le 30 mars 1943 les nazis recensent les cloches de nos églises.
En cette époque la répartition des cinq cloches était la suivante :
Une cloche de 1923 de 120 cm de diamètre et pesant 1050 kg.
Une deuxième de 1809 de 89 cm et de 500 kg,
une troisième de 1923 de 70 cm et de 225 kg,
une quatrième de 59 cm et de 135 kg et enfin
une cinquième de 42 cm et de 58 kg, ces deux dernières également de 1923.

De ces cinq cloches quatre partent dans les fonderies hitlériennes.
Dès 1945, une cloche réquisitionnée est retrouvée à Hanovre en Allemagne, elle revient à Brumath.
Le 22 décembre 1948 deux nouvelles cloches, achetées par la paroisse, arrivent à Brumath. Avec la cloche restante de 1050 kg de 1923, le nouvel ensemble est accordé MI, SOL, LA. La petite cloche, retrouvée en Allemagne, étant accordée en RÉ.

L’équipement actuel du clocher est :

– La cloche 1 :
Tonalité : mi³ – Diamètre : 122 cm – Poids : environ 1 000 kg.
Cette cloche fut coulée en 1949 par la fonderie Causard de Colmar.
Elle porte les inscriptions suivantes : « Mon âme bénis l’Eternel. Coulée en 1949 pour le temple protestant ancien château de Brumath. Les membres du conseil presbytéral : MM. Junker R. Pasteur, Brandt Alfred, Gunsett Charles, Jung Charles, Konrath Jean, Richert Georges. »

– La cloche 2 :
Tonalité : sol³ – Diamètre : 102,5 cm – Poids : environ 600 kg.
Cette cloche fut également coulée en 1949 par la fonderie Causard de Colmar.
Elle porte les inscriptions suivantes : « Veillez et priez. Coulée en 1949 pour le temple protestant ancien château de Brumath. Les membres du conseil presbytéral : MM. Junker R. Pasteur, Brandt Alfred, Gunsett Charles, Jung Charles, Konrath Jean, Richert Georges. »

– La cloche 3 :
Tonalité : la³ – Diamètre : 89,2 cm – Poids : environ 380 kg.
Cette cloche fut coulée en 1809 par le fondeur strasbourgeois Ludwig Edel.
Elle porte les inscriptions suivantes (en langue allemande) : „Ludwig Edel zu Strasburg goss mich Anno 1809 der protestantischen Gemeind zu Brumath. Herr Johannes Blaesius, Pfarrer und Praesident des Consistoriums, Friederich Coulmann, Carl Gieswein, Daniel Christ, Mitglieder des Presbyteriums. », ce qui signifie : «Louis Edel de Strasbourg me coula en l’an 1809 pour la paroisse protestante de Brumath. Monsieur Johannes Blaesius, pasteur et président du consistoire, Friederich Coulmann, Carl Gieswein, Daniel Christ, membres du conseil presbytéral. »

– La cloche 4 :
Tonalité : ré4 – Diamètre : 71 cm – Poids : environ 225 kg.
Cette cloche fut coulée en 1923 par la société Ungerer de Strasbourg, connue surtout pour la fabrication et l’installation de la plupart des horloges d’église en Alsace à cette époque.
Elle porte les inscriptions suivantes : « J. et A. Ungerer, fabrique de cloches Strasbourg. Coulée en 1923 pour le temple protestant ancien château de Brumath grâce aux cotisations de ses fidèles paroissiens et aux bienveillantes libéralités de beaucoup d’autres généreux donateurs. M. Louis Koch, pasteur, MM. Geoffroi Richert, maire et membre du conseil d’arrondissement, Louis Braun, Jacques Decker, Georges Heinrich, Philippe Marx, Georges Vogler, Philippe Zimmer, membres du conseil presbytéral et du consistoire. Geoffroi Schultz, marguillier. »

 

Merci à « campanophile67 » pour la mise à disposition de ces vidéos ainsi que pour toutes ses précisions et corrections.

Mais revenons au chant des cloches :

Le culte du dimanche matin est annoncé par une sonnerie programmée :
– ¾ d’heure avant le début du culte une sonnerie de la cloche 2 pendant 5 min.
– ¼ d’heure avant le début du culte une sonnerie des cloches 4, 3, 2, 1.
Pendant le culte, les sonneries sont actionnées par le sacristain :
– Pour le «Notre Père» une sonnerie de la cloche 2.
– Pour un baptême une sonnerie de la cloche 4 pendant la durée du baptême.
Pour un mariage (sonnerie actionnée par le sacristain) :
– ½ h avant la cérémonie une sonnerie de 5 min de la cloche 2
– à l’entrée du cortège, une sonnerie des cloches 4, 3, 2, 1.
Pour un enterrement (sonnerie actionnée par le sacristain) :
– 14 h une sonnerie de la cloche 2 pendant 5 min.
– 14 h 15 à 14h 29 une sonnerie des cloches 4, 3, 2, 1
– Après le dernier cantique et jusqu’à l’arrivée du corbillard au cimetière une sonnerie des cloches 4,3,2,1.
Pour le glas (Scheidzeichen) :
Pour un homme

5 min cloche 1, pause 1 min, 5 min cloche 1, pause 1 min, 5 min cloche 4, 3, 2, 1
Pour une femme
5 min cloche 1, pause 1 min, 5 min cloche 2, pause 1 min, 5 min cloche 4, 3, 2, 1
Pour un enfant
5 min cloche 1, pause 1 min, 5 min cloche 3, pause 1 min, 5 min cloche 4 ,3 ,2, 1
Pour un petit enfant
5 min cloche 1, pause 1 min, 5 min cloche 4, pause 1 min, 5 min cloche 4, 3, 2, 1
Et pour terminer citons encore l’annonce du dimanche et des grandes fêtes par une sonnerie solennelle que l’on peut entendre le samedi à 18h et la veille des fêtes en fin d’après midi. Autrefois, cette sonnerie a marqué la fin du travail hebdomadaire.

Et pour conclure :

Cela nous semble une chose fort merveilleuse d’avoir trouvé le moyen, par un seul coup de marteau, de faire naître à la même minute, un même sentiment dans mille cœurs divers, et d’avoir forcé les vents et les nuages à se charger des pensées des hommes.

Chateaubriand – Le génie du Christianisme

Ch. MULLER